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  Примечания  

По изданию: Leibniz korrespondiert mit China: Die Briefwechsel mit den Jesuitenmissionaren (1689 - 1719). Hrsg. von R. Widmaier. Frankfurt am Main, 1990. S. 122- 127.
Так И. Буве переводит китайские термины gang rou е — 'твердое* и 'мягкое', 'нечетное' и 'четное' (что более подходит для «Книги Перемен»).
«Это непонятней, чем число Платона».
LEIBNIZ к JOACHIM BOUVET1 Braunschweig, 15. Februar 1701
Bronsvic 15 Febr. 1701
Mons tr?s Rev6rend Рёге
Je Vous suis extremement oblig6 de la bont6 que vous aves eue de garder jusque dans un autre monde le souvenir d'un homme qui vous honnore infiniment, mais qui vous est peu utile. Vostre ample et belle lettre m'a est6 rendue tard, к cause d'un long voyage, dont je ne suis revenu que depuis peu. L'Electeurde Brandebourg (couronne maintenant Roy de Prusse le 18mc Janvier de cette аппёе,) m'a fait faire un voyage к Berlin, pour у contribuer a fonder une nouvelle societe des Sciences, dont Sa Majest6 veut que j'aye la direction quoyque de loin, car je n'y s?aurois estre tousjours pr6sent. On у fera bastir un observatoire, et pren- dra d'autres mesures pour faire des recherches de la nature et de Tart. Ce soin m'occupa tout le dernier est6 et une partie de l'automne. Delk je suis all6 aux bains de Topliz en Boheme к cause de ma sante ой je croyois trouver le R. P. Kochanski, mais il estoit mort quelques mois au paravant. Cependant j'ay етюуё depuis la lettre que V. R. a ecrite pour luy, aux peres de sa Province. C'est une perte; car c'estoit asseurement un des habils hommes de vostre compagnie. De Topliz j'ay encor fait quelque tour dans I'Allemagne superieure, et pendant ce temps lk, comme je n'avois point de s6jour fixe, j'avois donne ordre qu'on gardat mes lettres a Hanover. Ainsi comme on n'a pas eu d'abord reponse de moy, к Paris, on ne m'a rien encor mandё de ce que le R. P. Fontaney aura арройё. J'ecriray moy тёте к ce рёге, aussi bien qu'aux RR. PP. Ver- jus et Le Gobien Ik dessus; et j'esp^re qu'on m'en donnera part suivant la lettre de V. R. Cependant si doresnavant V. R. veut m'adresser quelque chose qui me soit rendu plus particu^rement, il pourroit estre enferme dans sa lettre.
L' Europe a produit plusieurs belles dёcouvertes depuis peu. On a fort рои88ё ma nouvelle Analyse des infin^simales. J'ay trouv€ moy тёте une insigne promotion de cette science; et par ces moyens des probtemes sont en nostre рои voir qui passoient autres fois ГAlgёbre et l'Analyse; par exemple nous avons dёterminё les figures des vaisseaux qui resistent le moins dans un fluide, la ligne dans la quelle un corps pesant viendroit d'un point a un autre dans le temps le plus court qui soit possible et mille questions semblables; et comme la nature garde partout le caractere de 1'infinite de son auteur, il n'y a que cette science de Pinfini, qui donne veritablement le passage de la mathematique h la physique. J'avois trouve aussi que la chainette c'est a dire la ligne dans la quelle une chaine se courberoit d'elle meme si elle avoit des anneaux trbs petits, donne les logarithmes sans aucun calcul et sans les tables.
Dans la Chymie un habile Allemand de mes amis, a trouv6 une liqueur merveilleuse[;] il Pappelle avec raison spiritum igneum, car cet esprit estant mele avec quelques huilles il s'allume en un instant et se consume en charbon.
Mais Pinventeur n'en a pas encor риЬНё le secret.
J'ay souvent conseilte qu'on essayat sur mer combien le Baromdtre pourroit servir pour prevoir les tempestes, puisque M. Guerike avoit observ6 que les grands orages le faisoient baisser. Enfin on Pa essaye dans un grand voyage, et on me mande, qu'on peut s'appercevoir de Porage futur environ 12 heures auparavant, ce qui suffit le plus souvent pour se garantir, soit en se mettant a l'abri, ou au moins en s'eloignant des bancs et des rochers et en faisant tous les pr6paratifs dans le vais- seau pour n'estre point surpris, de sorte que cela pourra sauver dans la suite une infinite de vaisseaux.
Je suis bien fache de la guerre Шитёе entre le Tzar de Moscovie et le Roy de Suede, parce que j'ay peur que cela fera tort au dessein que j'avois de profiter des caravanes qui vont de Moscou к la Chine par le moyen de la Cour de Brandebourg qui est assez bien avec le Tzar. Car M. Golowin qui a estё autres fois Ambassadeur de Moscovie pour le traite de limites avec la Chine passant par ce pais су avec le Tzar, dont il est maintenant un des principaux Ministres [,] nous fit esperer qu'il fa- voriseroit ces desseins; mais Рагтёе du Tzar ayant est^ entierement dёfaite devant Narva par la faute des Moscovites qui jetterent les armes sans оЬён aux officiers estrangers; on dit que ce Prince est аттё contre les estrangers, comme s'ils Pavoient mal servi. On croit pourtant qu'il se desabusera. Si la paix se fait le commerce entre PEurope et la Chine pourra devenir plus fi^quent encor de ее С051ё la.
Je ne s§ay si j'ay touclre autres fois en ёсг^ап! h vostre Rёvёrence, le nouveau calcul nunrerique que j'ay invent6 non pas pour la practique vulgaire mais pour la Аёойе de la science, car il ouvre un grand champs к des nouveaux tireorfemes; et sur tout ce calcul donne une representation admirable de la Creation. C'est que suivant cette nr^thode tous les nombres s^crivent par le n^lange de Рипкё et du Zero, a peu pr?s comme
toute[s] les creatures viennent uniquement de Dieu et du rien. И n'y a rien dans les mathematiques qui me paroisse plus beau pour l'usage de la religion; et pour en confirmer un article des plus considerables que les philosophes non Chrestiens ont coustume de rejetter tous d'une voix[;] aussi ne dit on pas en vain que les essences sont comme les nombres et toutes les imperfections des choses ne consistent que dans les negations; d'ou vient que S. Augustin disoit tres bien, que le mal vient du rien. Voicy ce que c'est que ce calcul: comme on a coustume ordinaire- ment de se servir de la progression par dix, et comme quelques uns en ont employe d'autres, je voulois consid?rer ce que seroit la plus simple progression possible, qui est la progression binaire ou la progression gdomdtrique double; et j'ay vu d'abord comme la denaire п'етр1оуё, que dix characteres, s?avoir depuis Ojusqu'a 9, que la binaire n'en employeroit que deux, sgavoir 0 et 1. Et comme dans la progression denaire 10 signifie dix, et 100 signifie cent, et 1000 mille, et 10000 dix mille, et 100000 cent mille, et 1000000 un million, et ainsi de suite, j'ay juge que dans la binaire 10 seroit deux, et 100 seroit quatre, et 1000 seroit 8, et 10000 seize, et 100000 trente deux, et 1000000 soixante et quatre, etc. C'est ce que le calcul monstre aussi luy meme quand on n'employe que deux cara^res 0 et 1 car 1+1 estant 10 et 3 est 10 + 1 = 11 et 4 est 11 + 1 = 100.
Car 1 + 1 est 10, c'est к dire 0 sous lacolomne reste 1 pour la suivante colomne, marqu? par un point. Et dans la sui- vante encor 1 + 1 est 0[J restant 1 encor pour la colomne encor suivante, ce qui donne 100, comme il paroist к la marge sous le signe X, ой j'ay marqu? ces reservations par des points. De тёте 5 sera 100 + 1 = 101 [,] et 6 sera 101 + 1 = 110[,] et 7 sera 110+1 ou bien 111 [,] et 8 sera 111 + 1 c'est к dire 1000 et ainsi de suite. Mais pour repr?senter la suite de ces nombres jusqu'к 32, en voicy la Table sous P, ou les places vacantes au dessus des col- onnes sont [remplies] par des petits 0, pour mieux marqu- er les p?riodes, dont je parleray tantost.
Dans cette Table se d?couvre к la premiere vue une harmonie merveilleuse, c'est qu'il у a des periodes v6g\6es dans chaque colomne [:] dans la premifere 01, car il у a 010101 etc., tousjours 0 et 1 alternativement, dans la sec- onde colomne il у a 0011 [,] qui revient tousjours, dans la 3me 00001111 [,] dans la qua^me 0000000011111111,

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et ainsi de suite dans les autres, de sorte qu'on peut con- tinuer la table sans aucun calcul en continuant seulement d'ecrire. Cet ordre dans la constitution originaire des nombres suivant cette expression donne des ouvertures d'une nouvelle science к la quelle personne a encore song6 jusqu'icy, car comme Fanalyse de tous les nombres en 0 et 1 est la plus parfaite et la plus poussee a bout, il ne faut pas s^tonner, qu'on penetre plus avant par son moyen. Or je trouve que tous les nombres temaires, quinaires, sep- tenaires, etc., c'est a dire divisibles par 3, par 5, par 7 etc. ont des semblables periodes qui reviennent tousjours к Tinfini, par exemple pour les ternaires, dans la premiere colomne la periode est 01, dans la seconde 0110, dans la 3mc est 00101101, dans la 4me 0001110011100011 et ainsi dans les colomnes suivantes comme je le puis d6terminer, on voit tout cela dans la Table 2 [.] II en est de meme dans les quinaires, septenaires, novenaires etc., ou dans les multiples en gen6ral, ой il se trouve tousjours qu'une moitie de la periode est contraire a Г autre [,] c'est к dire 0 contre 1 et vice versa. Mais qui plus est[:] ces periodes se trou- vent aussi dans les quarres, cubes, et autres puissances. Par exemple pour les quarres la periode de la premiere col- onne est 01, la seconde n'a que des 0, la troisieme a pour periode 0010, la 4mea00010100, la5me 0000110101011000. Pour les cubes la periode de la premiere colonne est 01, de la seconde 0001, de la 3me 00000101; et ainsi des autres, de sorte que par ce moyen extraordinaire les Tables des puissances des plus hauts degres se peuvent ecrire presque sans calcul; ainsi outre la contemplation ils у trouveront meme de grands usages pour certaines practiques considerables. En un mot il est cache la dedans une Arithm6tique toute nouvelle merveilleusement f6conde en theoramp;mes puisque en toute sorte de series l'expression meme des nombres va par regies. Elle ne doit point servir a la verite aux calculs ordinaires mais elle mene a la resolution des difficultes ou d'autres voyes connues ne s?auroient aller. Mais ce qu'il serait trop prolixe de monstrer icy, et il suffit maintenant qu'avant que je la quitte, je fasse encore une remarque curieuse, qu'on voit d'un coup d'oeil dans cette expression, sgavoir pourquoy tous les
nombres se peuvent former par la seule combinaison des nombres de la progression Geom6trique double ou binaire, ce que les Arithmeticiens avoient deja remarques comme un privilege de cette progression. Par exemple 23 est 16 + 4 + 2 +1, c'est к dire 10000 + 100 +10+1 ou tout к la fois [10111]; et 113 est 64+32+16+1, c'est к dire 1000000 + 100000 + 10000 + 1 ou 1110001, et ainsi des autres; et c'est pour cela que les essayeurs de monnoye, se servent de petits poids en progression double car ainsi peu de poids suffisent pour beaucoup de nombres ou pesan- teurs. Par exemple pour former tous les nombres depuis 1 jusqu'a 63, on n'a besoin que de six nombres ou poids, s?avoir 1, 2,4, 8, 16,32. Et depuis 1 jusqu'k 31 on n'en demande que cinq, s?avoir 1, 2, 4, 8, 16, comme la table le monstre, qui fait voir en meme temps la combinaison des poids pour former la pesanteur suivant chaque nombre. Si on se fut avise dans le monde de faire aussi les monnoyes en progression G6ometrique double [,] on auroit pu faire le plus de valeurs avec le moins de pieces. Et si au lieu de la progression denaire on eut employe la sedenaire , il у auroit eu une conciliation entre la Шёопе et la prac- tique plus qu'il n'y en а к present et on у auroit trouv6 des utilites que la denaire ne s?auroit donner, ce que je dis simplement pour le remarquer, et non pas que je pr6tende reformer l'usage public.

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Mais mon principal but a este, Mon R6verend Рёге, de Vous foumir une nouvelle confirmation de la Religion Chrestienne к l^gard du sublime article de la Creation par un fondement, qui sera к mon avis d'un grand poids chez les philosophes de la Chine et peutestre chez 1'Empereur meme, qui aime et entend la science des nombres. A dire simplement que tous les nombres se forment par les combinaisons de Гипкё avec du rien, et que le rien suffit pour les diversifier, cela paroist aussi croyable que de dire que Dieu a fait toutes choses de rien, sans se servir d'aucune тайёге primitive; et qu'il n'y a que ces deux premiers principes, Dieu et le Rien: Dieu des perfections, et le Rien des imperfections ou vuides d'essence. Et si vous supprirc^s l'origine de l'invention de ce calcul (qui vient de l'analogie de la progression binaire avec le denaire) la chose paroistra d'autant plus admirable. Peutestre que ce grand Monarque ne sera pas fac\\6 d'apprendre qu'un Еигорёеп de vostre connois- sance, qui s'u^resse infiniment en ce qui regarde la Chine et son commerce de lumiere avec l'Europe, a fait cette decouverte et vous Г a envoy ёе ехртёъ pour la consa- crer к sa M. Je ne doute point que vous ne fassiёs valoir la chose suivant son importance, к fin qu'elle porte coup a l'avantage de nostre religion; et peut estre pour- roit elle porter ce prince en considёration de cela a vous donner des ordres de me faire communiquer en mon particulier des belles connoissances Chinoises, avec quelques ёс11апШ1оп8 de ce pays entre autres a l^gard de la composition du papier, extraordinaire pour sa grandeur et finesse item к l^gard de quelques ехрёпепсез extraordinaires de physique ou врёздйциев ёprouvёs de medecinef.] Vous bien que je n'en profiteray point pour moy et que le public en tireroit tout Гusage, mais comme je suis directeur d'une nou- velle 8оЫё1ё des sciences suivant ce que je vous ay та^иё je ne seray point fachё de luy estre utile en luy pi?sentant quelque chose de peu commun; d'autant que cela serviroit к animer d'avantage le prince qui Га fond?e; ce qui tourneroit au profit des sciences. Ce prince que les Moscovites trai- toient d€jk de Tzar ou Roy avant son couronnement comme aussi les Turcs et Tartares[,] le Roy de Perse et tous les autres princes hors de l'Europe[,] a cela de remarquable pour la Chine que de son pays seul vient le СагаЬё ou succinum dont les Chinois font tant de cas. Et ce sera une circomstance singulifcre pour moy d'estre directeur de la вос1ё1ё des sciences de ce Prince, ce qu'on pourroit faire valoir chez vous, s'il faut donner quelque ех1ёпеиг et apparence a cette invention Nun^rique pour la presenter a ГЕтрегеиг et pour la faire goflter d'avantage. Vous sgau^s mieux ce qu'il faut pour cela, que je ne le s?aurois dire.

Je viens к la philosophie telle qu'il faudroit ё1аЬНг et cultiver ^galement pour la vёritё et pour la religion. Je suis bien aise, mon Rev. Pere, que vous у entres autant que moy. Vous ne 8?аиг1ё8 croire, combien j'ay avam^ Ik dedans, j'ai des dёmonstrations en Mёtaphysique dont on n'a point encor vu de semblables; sur tout a regard de la cause, de l'effect, et de l'estime de Taction. Les plus habiles gens (jusqu'au pere Malebranche meme tout Cartesien qu'il est) conviennent bien maintenant que la meme quantite de mouvement ne se conserve point comme Des Cartes 1'avoit cru, mais ils se sont jettes dans une autre extremite, car n'entendant pas encor bien la veritable estime de la force, ils croyent presque tous a present, comme on voit dans les livres publies depuis peu par le P. Malebranche, M. de la Hire, et autres, que la force absolue ne se conserve point, et qu'il у en a tantost plus tan tost moins dans le monde parce que je ne leur ay point encor dechift^ mon estime par laquelle j'ay demon- stre que Feffect est tousjours equivalent a la cause, et que non seuel- ment la meme force absolue se conserve soit dans Funivers ou dans des corps qu'on suppose n'avoir commerce qu'entre eux; mais que meme prenant un certain temps, par exemple un quart d'heure, il у a autant d'action dans un quart d'heure, que dans un autre quart d'heure, soit dans Funivers ou dans un systeme de corps non communicans au dehors. Ce qui fait voir que Des Cartes avoit vu quelque chose de la verite per nebulam mais qu'il avoit pris un qui pro quo s'imaginant que sa quantite de mouvement (qui se fait multipliant la grandeur par la vitesse et qui est momentanee) est la quantit6 de Faction, et donnera l'estime de ce qui se conserve. Un des plus celebres professeurs de Hollande nomme Mons. Voider, qui estoit un grand hyperaspiste de la philosoph- ie de Des Cartes, jusqu'a avoir ecrit fortement contre la censure de M. FEveque d'Avranches, s'est rendu епйёгетеп!, apres avoir connu le fonds de mes raisons par plusieurs lettres que nous avons 6changees. Encor un philosophe Anglois tres сё1ёЬге par des ouvrages consid6rables, a commence к abandonner ses propres dogmes, et sa philosophie trop corpusculaire[,] ayant reconnu, qu'il faut qu'il у ait quelque chose dans la substance corporelle, qui soit different de la grandeur et de l'impenetrabilite. Aussi ay je demonstre, que s'il n'y avoit que cela il у auroit de tout autres loix et phenomenes, a moins que Dieu n'y suppleat par miracle. Ce qui n'est point raisonnable du tout, et seroit peu digne de l'auteur des choses. Si j'avois des personnes qui m'aidassent, je don- nerois une metaphysique et des elemens de physique veritablement demonsti^s h la rigueur par le moyen de peu d'axiomes. Mais accable par mille occupations d'affaires, de cour, de correspondances, de voyages, sans parler de l'Histoire de la maison de Bronsvic, йгёе des archives, et de ce que j'ay fait sur le droit des gens, en publiant des pieces non imprimees touchant les traites et negotiations des Princes, je seray oblige de laisser perdre bien des choses plus importantes к mon avis, que ce qui ne regarde que certains temps et certains hommes.
Je me souviens de vous avoir parle d'un dessein de caracteristique tout a fait extraordinaire, ce seroit un moyen de peindre non pas la parole mais les pensees comme fait l'Algebre dans les mathematiques; en mettant les discours dans ces caracteres, on calculeroit et demonstreroit en raisonnant, je croy qu'on pourroit trouver une maniere de combiner cela avec les vieux caracteres des chinois qui ont deja este Fobject de vostre meditation [,] ce qui serviroit merveilleusement pour leur faire gouster cette invention, et cette maniere d'ecriture mysterieuse qui seroit peutestre le plus grand moyen qu'on puisse inventer pour establir la verite de la religion par des voyes de la raison. II eust este a souhaiter, comme vous le marques dans vostre lettre, que nous en eussions pu parler de vive voix, lorsque V. R. estoit en Europe, mais у ayant peu d'apparence pour cela maintenant; nous pourrions neantmoins faire quelque chose de considerable peut estre, si vous m'informies a fonds de ce qu'on sgait ou pense de ces vieux caracteres chinois; et plus encor, si sur vos representations envoy6es en France on chargeoit quelcun a m'aider dans ce grand dessein d'une caracteristique qui changeroit leur raisonnement en calcul; et serviroit meme a determiner le degre de verisimilitude dans ces illusions qui ne sont que vraisemb[l]ables.
Pour revenir a vostre lettre et к quelques paralipomenes, je vous supplie mon Rev. Рёге de me procurer un jour le Pater ou l'oraison Dominicale avec quelques echantillons de mots fort usites dans des dif- ferentes langues des Indes, et sur tout des Tartares, Calmucs, ou Mu- gals, Elud, et autres qui tirent vers la Perse [,] vers la Moscovie, et vers la mer orientale. Et s'il у a dans la Chine meme des langues diffenentes de celle qui est commune dans FEmpire, j'en souhaiterois la meme chose. II seroit bon d'avoir des versions interlineaires mot pour mot de chaque Pater, avec les caracteres des Peuples. Ce que je souhaiterois aussi, particuliere- ment к regard du Tangut, ou reside le grand Lama, car on dit que les Tartares Mugals se servent fort de la langue et des caracteres de Tangut.
Comme cette grande conjonction des planetes, observee par un vieux Empereur Chinois et гарроііЄе je crois par Martinius, a donne matiere a beaucoup de reflexions sur la chronologie, je vous supplie mon R. Рёге de penser, avec le R. P. Grimaldi, si on ne pourroit trouver encor quelques autres observations choisies; pour nous servir en Europe a regard de l'Astronomie et dans la Chronologie [;] je vous supplie aussi de luy t6moigner que je luy rends tvhs humbles graces de son souvenir, que j'ay est6 extremement rejoui des nouvelles de sa sant6, et que je me flatte tousjours de voir encor quelque chose de sa part. Ces observations seroient principalement de son departement, puisqu'il est pr6sident du Tribunal des Math6matiques.
J'ay souhaite aussi de s§avoir si ce que les Chinois ont eu ancienne- ment de G6om6trie, a este accompagn6 de quelques d6monstrations, et particu^rement s'ils ont squ il у a long temps l'egalite du quarre de l'hypotenuse aux deux quants des cost6s, ou quelque autre telle proposition de la Geometrie non populaire. Trouvet-on que l'art de distiller et autres operations chymiques sont anciennes dans la Chine.
Je m'imagine aussi que Vostre Reverence aura trouve a Paris un petit discours du celfebre [de] Kepler dont je luy avois раг1ё fait autres fois sur une lettre du P. Terentius de vostre compagnie, епуоуёе de la Chine, et qu'on aura fait гёЯехюп Ik dessus. En tout cas j'en parleray au R. P. de Fontenay.
Que jugёs vous, mon R. P. de la conjecture de Golius сё1ёЬге orien- taliste, qui croyoit que la langue chinoise estoit faite par artifice aussi bien que les cara^res? Ne peut on pas obtenir bientost par ce R. P. \^ё1ои I'analyse grammatique des cara^res de quelque petit livre chinois, pour servir d^chantillon; item un essay de la grammaire pour ainsi dire des cara^res. Mais comme ces choses sont encor к faire, je souhaiterois de pouvoir obtenir cependant des choses d6jк faites, sgavoir un dictionnaire des characteres chinois expliq^es dans quelque langue d'Europe, et un dictionnaire que le R. P. Grimaldi m'a dit qu'il у a dans la Chine, ou les figures des choses sont adjoutёes aux cara^res. Et meme s'il у a quelques autres livres chinois instructifs, ой les figures aident к l'explication. Je rendrois volontiers et punctuellement la dё- pense de ces livres, et tacherois de тёгкег cette grace d'ailleurs autant qu'il me seroit possible.
Vous vous souviendres mon R. P. que le P. Kochanski avoit ргоро8ё quelques questions curieuses; aussi bien que M. Schrokius d'Augsbourg , dont vous aves eu la Ьотё d'adresser la lettre pour Batavia, je vous supplie done d'y penser ou faire penser к vostre loisir et de me favoriser par des ^ponses que je recevray comme tegataire de ce bon рёге. Pour conclusion je vous souhaite bon sihc\e et bon an, pour beaucoup d'am^es du sihcle que nous venons de commencer, et par avance pour 1'аппёе 1702 en particulier d'autant que ce souhait apparemment ne parviendra jusqu'amp; vous que vers Г autre annee, et priant Dieu de nous donner souvent sujet de le remercier des graces qu'il vous departira et a son Eglise, dans l'importante mission ой vous estes оссирё, je suis avec гё1е
Mon Rёvёгend Pere
vostre L.
P. S. pour le R. P. Bouvet

Je fais conscience de laisser beaucoup de vuide dans un papier qui doit aller si loin. Je vous supplie mon R. P. de revoir mes lettres passees, quand vous me feres l'honneur de penser к ce qui est dans la presente. Je ne suis que trop convaincu des grandes difficultёs qui vous doivent environner et les RR. PR vos compagnons Apostoliques к 1'entree de ce nouveau monde. Car jusqu'icy le sёjour que vous у avёs fait ne peut estre considёrё que comme un novitiat. Ainsi je seroy peu raisonnable, si je ne comprenois, qu'on ne vous doit point demander d'abord des notices, que peut estre d'autres que vous ou que ceux qui vous ressem- blent, n'y attrapperoient jamais, quand ils у auroient vieilli. Ainsi tous ces 6chantillons que je souhaite, ne doivent estre entendus qu'k proportion du temps que des plus importantes ou plus ^cessaires occupations vous laissent. Cependant comme vostre trouppe s'augmente si con- sidёrablement comme vous avёs sans doute quanta de gens du pays [k] la main, et sur tout l'Empereur qui en vaut cent millionsf,] vous pounds trouver moyen de vous faire soulager en bien des choses, et a vous faire ргёрагег des таібтіаих. Ce grand prince ne refusera pas cette recon- noissance к l'Europe qui luy est si НЬёга1е en communications des plus importantes. Si le dictionnaire des langues Chinoise et Tartare est ас?^ё par ordre de l'Empereur, je souhaiterois fort d'en pouvoir obtenir aussi un exemplaire par vostre faveur. Si on avoit adjoutё les caractkres chi- nois ce seroit tant mieux. II pleut a Dieu qu'on у adjouta quelque langue d'Europe ou plustost qu'on en fit un expres pour cela, ou en тёте temps tous les mots chinois et Tartares fussent ёпопсё8 tant en leur caracteres que dans les nostres. Peut estre que vos conseils porteront un jour l'Empereur[.] Vostre pourtrait de ce prince ne pourroit il pas estre eten- du, en forme de petites annales de son rdgne [?] On m'avoit dit que quelqu'un des princes ses enfans apprenoit quelque langue d'Europe mais j'en doute parce que vous n'en partes point. M. Menzelius est mort[.] Rien ne s'est Шх^ё de la clef de M. Mullerus. Cependant il semble que les caracteres chinois doivent au moins avoir quelque liaison. N'y a t-il pas comme des caracteres radicaux dont tous les autres soyent formes par certaines regies grammatiques de derivation et composition. Ces radicaux pourroient avoir este comme des hieroglyphes. Je souhaite fort, vostre sentiment preallable Ih dessus comme aussi ce- luy du R. R Visd61ou. Je souhaite que nous apprenions par vostre moyen ce qu'on doit juger du detroit d'Anian, mais non pas que vous vous exposies pour cela. Comme je suis curieux de ce qui regarde les miniferes et la chymie, ne trouve t-on pas en Chine des metaux et ттёгаих incon- nus en Europe, et des practiques singuliferes \h dessus. Pour finir enfin tout de bon, n'y auroit [il] pas moyen d'envoyer bon nombre de chinois en Europe pour servir aux traductions?
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Источник: Лейбниц Г. В.. Письма и эссе о китайской философии и двоичной системе исчисления. — М.,2005. — 404 с.. 2005

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