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  II. Du Sentiment des Chinois des Productions de Dieu, ou du premier Principe, de la Matiere, et des Esprits  

lt;24.gt; Apres avoir assez parle du Li, venons a ses productions, suivant ce que le Pere Longobardi nous rapporte des Auteurs Chinois. Du Li est sorti ГАіг (5; 39) l'air primitif (11; 49) l'air primogene (ou protogene) (14; 79); il appelle cet Air primitif Ki (10; 48 et 11; 56/57) il est l'instrument du Li (11; 50).
Les operations des Esprits appartiennent radicalement au Li, instrumentalement au Ki, et formellement aux Esprits (56), il paroist que ce Ki ou cet Air primitif r6pond veritablement a la Майёге, comme к l'instrument du premier principe, lequel remuant cette matiere, comme un artisan remue son instrument, produit les choses. Et ce Ki est appelle Air, et chez nous pourroit etre appelle Aether,; parce que la таПёге dans son origine est parfaitement fluide, sans au- cune liaison ou durete, sans aucune interruption, et sans terminations qui en distinguent les parties, enfin c'est le corps le plus subtil qui se puisse imaginer.
(24 a.) Or ce Ki est une production du Li, le P. Longobardi rapporte cela en termes expres. II dit (5; 33) que du Li est sorti naturellement l'air primitif et (11; 56) quoy-que le Li n'ait aucune action de soy, il commence h en avoir aprds avoir produit son Ki, c'est-k-dire son Air primitif. Ou il faut admirer en passant la contradiction, ou ce bon Рёге est tombe icy par inadvertence. Comment peut on dire que le Li n'a aucune operation de soy et sans le Ki, s'il produit le Ki. Peut on pro- duire sans agir? Et puis le Ki n'estant que l'instrument, ne faut il point dire, que la vertu ou la cause efficiente principale est dans le Li? En consequence de cette production de la Ма^ёге ргеппёге par le premier principe, ou par la Forme primitive, par l'Acte pur, par Г operation de Dieu, la Philosophie Chinoise approche plus de la Th6ologie Chresti- enne, que la Philosophie des anciens Grecs, qui consideroient la Mat- 1ёге comme un principe рага11ё1е a Dieu, qu'il ne produit point, mais qu'il forme seulement. II est vrai qu'il semble que les Chinois ont cru, que le Li a d'abord et a toujours produit son Ki, et qu'ainsi l'un est aussi eternel que l'autre. Mais il ne faut point s'en etonner, puis qu'apparemment ils ont ignor6 cette R6velation, laquelle seule nous peut apprendre le commencement de l'univers; S. Thomas et d'autres grands docteurs ayant jug6, que ce dogme ne peut point etre demonstr6 par la seule Raison. Cependant quoy que les anciens Chinois disent formelle- ment que le Ki ne pent jamais, ils ne disent point asses expressement qu'il n'a jamais commence. Et il у a des gens qui croyent que le commencement de leur Empire tombant dans le temps des Patriarques, ils pourroient avoir appris d'eux la Creation du Monde.
lt;25.gt; II semble qu'ap^s le Li et le Ki vient le taikie. Le Рёге Longobardi n'en rapporte pas asses pour en donner une idёe distincte. On diroit quasi que taikie n'est autre chose que le Ll, travaillant sur le Ki. Spiritus domini qui ferebatur super Aquas - prenant l'esprit souverain pour le Li, et les eaux pour le premier fluide, pour l'air protogene, pour le Ki, ou pour la ргепиёге тайёге. Ainsi le Li et le taikie ne seroient pas des choses diverses, mais une тёте chose considёrёe sous de differens predicats.
Le Рёге dit (5; 33) que le Li devient un globe infini (ce globe est nretaphorique sans doute) qu'ils nomment taikie, c'est-a-dire агтё au dernier degre de perfection et de consommation; parce qu'il орёге effectivement et excerce sa vertu dans la production des choses, et leur donne cet accomplissement qui contient l'ordre ргёё1аЬН, en vertu du- quel tout provient par аргё8 par les propensions naturelles. En sorte que dans les choses naturelles Dieu n'a plus besoin apres cela que de son concours ordinaire. C'est pourquoy il me semble que le Рёге se brouille un peu (10; 47) en confondant le Ki avec le taikie, et disant que le taikie est l'air primogene.
lt;25a.gt; Peut-etre que certains Chinois con^oivent que du Li forme primitive, et du Ki таНёге primitive а гё8икё un сотро8ё primitif, une substance dont le Li fut l'ame, et le Ki la таиёге; et ils pourroient entendre cette substance sous le пот de taikie, ainsi ce seroit le monde entier con§u comme un Animal, un vivant universel, un вёте supreme, un grandissime personnage, et les Stoi'ciens parlent du Monde sur ce ton. Parmy les parties de ce grand et total animal seroient des animaux particuliers; comme chez nous de petits ani- maux entrent dans la composition des corps des grands animaux. Mais tant qu'on ne trouve pas cette erreur ехрге88ётет dans les anciens Auteurs Chinois, il ne faut point la leur attribuer: et cela d'autant moins, qu'ils ont con§u la таиёге comme une production de Dieu. Ainsi Dieu ne composera pas une substance avec la mat- le monde ne sera pas une personne аттёе, mais Dieu sera in- telligentia supramundana, la МаНёге estant son effect, n'est point son coltegue. Et lorsque le Рёге Longobardi dit (11; 49) que le taikie renferme en soy le Li et l'air primitif ou le Ki, il ne faut pas 1'entendre, comme s'il en etoit compos^ mais seulement, qu'il les renferme, comme un consequent renferme ce qu'il suppose, parce que le тлікіе est le Li operant sur le Ki, et suppose ainsi le Ki.
lt;26.gt; On attribue aussi au taikie les attributs du Li. On dit (11; 53) que tous les esprits sont sortis du taikie, que le xangti estoit le fils du taikie, comme disoit un Mandarin moderne, quoy qu'on pourroit peu- tetre soutenir par les anciens que le xangti n'est aussi autre chose que le Li ou le taikie, con?u comme gouvemant le principal de l'univers, c'est- a-dire le Ciel, comme je monstreray tantost. On dit (54) que les Esprits sont le meme Li, ou le meme taikie, appliques h divers sujets, comme au Ciel, a la Terre, aux Montagnes. Ce qui ne s'accorde pas avec ce que disoit ce Mandarin, car si le xangti ой 1'Esprit du Ciel est le fils du taikie, il n'est pas le meme avec luy. Mais il suffit icy qu'on egale le taikie, et le Li. Nous verrons par apres ce qui se peut dire du xangti. Le Pere Longobardi congoit le titre de sa 13-me section en ces termes, que tous les Dieux des Chinois, ou tous les Esprits, auxquels ils attribuent le gouvernement des choses, se reduisent a un seul, qui est le Li, ou taikie. Je n'examine point ce sentiment presentement, et ce seroit tant mieux: mais je remarque seulement, que le Li et le taikie sont pris pour une meme chose. II dit dans cette section (68) que le Li est mentis ratio et totius naturae regula directrix, mais que le taikie est sinus naturae con- tinens in se virtualiter omnia possibilia. Or il dit cela aussi du Li (14; 75) et c'est pour cela, qu'il asseure (68) que la difT6rence entre le Li et taikie n'est qu'une formalite, en ce que Li denote un Estre absolu, et que le taikie denote un Estre respectif aux choses, dont il est la racine et le fondement. Et il cite le 26. livre de la Philosophie Chinoise pag. 8. ой il est dit, que les causes agissent incessamment, parce que le Li ou le taikie est au dedans, qui les gouverne, et les dirige. Et dans le liv. 1 de la meme Philosophie p. 31. il est dit, que le Li (la Raison) predomine dans les choses du monde; et que c'est pour cela qu'il ne leur manque rien, et liv. 36. p. 9. que le taikie est la cause du commencement et de la fin de ce Monde, qu'apres un monde fini, il en produit un autre (5; 36) apres la revolution de la grande annee appellee tasui (4; 32) mais que pour luy, il ne finira jamais. Cela prouve que le taikie n'est pas le monde. Enfin (p. 69) les Chinois ne reconnoissent rien de meilleur, ny de plus grand que le Li et le taikie. Ils disent aussi que toutes choses sont un meme taikie. Ce que je crois devoir etre entendu, non comme si les choses 6toient des parties ou modifications du taikie, mais parce que leurs realit6s absolues ou perfections en sont des 6manations. Mais comme par une татёге figure on parle souvent encore parmi nous, comme si les Ames ёЫет des parcelles de la diving; il ne faut done point s^tonner si les Chinois en parlent quelques fois dans le тёте stile. Et que dans ce sens, la Philosophie Chinoise dit au livre 26. p. 1. que le Li est un, mais que ses parties sont plusieurs. Car к proprement parler, une chose сотро8ёе de parties n'est jamais Une vёritablement. Elle ne l'est que par dёnomination externe; comme un tas de sable, une агтёе. Ainsi le premier principe ne sauroit avoir des parties, comme d'autres passages dёja гаррог1ё8 le marquent asses.
lt;21.gt; Le Рёге de S. Marie rapporte des passages des Chinois, ou ils semblent former un mot li-tai kie (p. 64) et ce qu'il signifie, est (p. 69) selon Confucius (dans lt;un degt; ses quatre livres chung-iung) la solide vёritё, la Loi, le principe et la fin de toutes choses; n'y en ayant pas une, qui ne regoive d'elle son estre effectif et vёritable, sans que dans l'essence d'aucune de ces choses en particulier il у ait un atome d'imperfection. C'est a peu ргё8 (adjoute le рёге) comme nous lisons dans la Ge^se: Dieu vit tout ce qu'il avoit fait, et tout etoit excellent. Cependant (p. 107/108) sur un passage de Lactance touchant le premier principe, ой cet auteur apres avoir cite des anciens Pc?tes et Philosophes, dit, que toutes ces opinions quoi qu'incertaines etablissent la Providence sous les noms de Nature, Ciel, Raison, Esprit, Fatalte, Loy divine, qui reviennent tous a ce que nous appel- lons Dieu; le Рёге de S. Marie repond, que les Chinois n'ont connu qu'un principe та1ёйе1 divisё en petites parties; en quoy il me paroist, que ce bon Рёге se trompe par une etcange prevention, qui luy est venue non pas des auteurs classiques, mais des discours de quelques modernes impies, qui font les esprits forts dans la Chine comme ailleurs, pour marquer une fausse etevation au dessus du peuple.
lt;28gt; La chose dont les Chinois parlent le plus magnifiquement apres le Li ou le гаікіе, est le xangti, e'est-a-dire le Roy d'enhaut, ou bien 1'Esprit qui gouverne le Ciel. Le Рёге Ricci, entre dans la Chine et s'y etant алФё quelque temps, a cru, que par ce xangti on pourroit entendre le Seigneur du Ciel et de la Terre, et en un mot notre Dieu, qu'il appelloit aussi tien-chu, le Seigneur de Ciel. Et c'est sous ce dernier mot qu'on entend ordinairement le Dieu des Chretiens dans la Chine. Le Рёге Longobardi, le Рёге Antoine de S. Marie, et d'autres, qui n'approuvent point que Dieu soit appelle xangti, sont contents qu'il soit арре11ё tien-chu, quoy qu'en effect les deux mots signifient a peu prhs la meme chose aupres des Chinois, suivant la force du terme, Roy d'enhaut, et Seigneur du Ciel. La grande question est, si selon les Chinois le xangti est une Substance 6ternelle, ou une simple creature. Le R Longobardi avoue (2; 13) que leTexte (des livres originates) dit, ou du moins semble dire, qu'il у a un Roy souverain поттё xangti, lequel est dans le Palais du Ciel, d'oix il gouverne le monde, recompense les bons, et punit les mechans. Le тёте Рёге у oppose (к la тёте page) que les interpretes anciens attribuent tout cela au Ciel, ou к la substance ou Nature universelle appellee Li. Mais cela bien loin de nuire a ceux qui donnent le nom de xangti к nostre Dieu, leur servira merveilleuse- ment. Car le Li est 6ternel, et dou6 de toutes les perfections possibles; en un mot on peut le prendre pour notre Dieu, comme il a 6lё montre су dessus. Ainsi si le xangti et le Li sont la тёте chose, on a tout sujet de donner к Dieu le nom de xangti. Et le Рёге Mathieu Ricci n'a pas eu tort de soutenir (16; 84) que les anciens Philosophes de la Chine ont reconnu et 1юпогё un Etre supreme арреИё xangti, Roy d'enhaut, et des Esprits inf6rieurs, ses ministres, et qu'ainsi ils ont eu la connoissance du vray Dieu.
lt;29.gt; Les Chinois disent encore de grandes et belles choses du Ciel, de l'Esprit du Ciel, de la Rёgle du Ciel, qui conviennent le mieux au vray Dieu; par exemple (17; 99) la I^gle du Ciel est ГепШё de la souveraine Ьотё, qui est imperceptible. Et (14; 77) le Li est appelle la Regie naturelle du ciel, entant que c'est par son орёгаиоп, que toutes les choses sont gouven^es avec poids et mesure, et conforn^ment к leur ёtat. Cette regie du Ciel est ap- ре11ёе tien-tao, et selon le Рёге de S. Marie (p. 69) Confucius en parlant dans le chung-iung, dit que le tien-tao est le тёте que le Li, regie certaine du Ciel dans son cours et dans ses орёгаиопз naturelles. Ainsi au rapport du рёге Longobardi (15; 81) la substance universelle ou primitive, considёrёe selon l'Estat qu'elle a dans le Ciel, est арреИёе Li, (C'est к dire ^gle ou raison). Et (14; 76) le Li est арреИё une chose qui est dans le Ciel, parce que le premier principe, quoy qu'il soit dans toutes les choses du monde, est dans le Ciel principalement, qui est la chose la plus excellente de l'Univers, et dans laquelle son efficace paroist le plus. Et au liv. 2. chap. 5 du lun-ju il est dit du Li que ce principe est d'une essence incomparable, et qu'il n'a rien d^gal. Et puis ces memes louanges sont dom^es au Ciel; ce qui est raisonftable d'entendre non pas de la matifcre, mais de l'Esprit du Ciel ou du Roy d'enhaut. Comme doit etre entendu le P. de S. Marie quand il dit (p. 15) que la divinite absolue et supreme des Lettres de la Chine est le Ciel.
lt;30.gt; Voici comment un docteur Chinois parle du xangti chez le P. Antoine de S. Marie (p. 74): Nos anciens Philosophes examinant avec beaucoup de soin la nature du Ciel, de la Terre, et de toutes les choses du monde, reconnurent qu'elles etoient toutes trhs bonnes, aussi bien que le Li capable de les contenir toutes sans exception; que depuis les plus grandes jusque aux plus petites, elles etoient la meme nature et la meme substance, d'oii nous concluons, que le Seigneur ou Dieu xangti est dans chaque chose, avec qui il est reellement un. Pour cela on preche les hommes, et on les exhorte к fuir le vice, parce que ce seroit ftetrir et souiller les vertus et les perfections du xangti; к suivre sa justice; parce que ce seroit offenser la souveraine raison et la Justice supreme; a ne pas endommager les Estres; parce que ce seroit outrager le Seigneur xangti, ame de toutes les choses creees. Ce passage fait voir, que selon son auteur, le xangti est la substance Universelle souverainement parfaite, la meme dans le fond, avec le Li. C'est de quoy il s'agit icy : mais on n'approuve point les expressions de ce docteur (moderne apparem- ment) qui veut faire passer le xangti pour l'ame des choses, comme s'il etoit de leur essence.
lt;31.gt; Ainsi les Anciens sages de la Chine, croyant que le peuple a besoin dans son culte des objets qui frappent son imagination, n'ont point voulu proposer au public 1'adoration du Li, ou du taikie, mais du xangti, ou de l'Esprit du Ciel; entendant sous ce nom le Li ou le taikie meme, qui у montre principalement sa puissance. Les НёЬгеих aussi attribuent quelques fois au Ciel ce qui appartient к Dieu, comme dans les Maccab6es, et ils ont considere Dieu comme le Seigneur du Ciel, er pour cela ils etoient appell6s Coelicolae par les Romains qui Nil praeter nubes, et coeli numen adorant.
Aristophane aussi voulant rendre Socrate odieux et ridicule aupres des Atheniens, faisoit accroire aux gens, que m6prisant les Dieux du pays, il adoroit le Ciel, ou les nuages, ce que les ignorans confondoient: cela se voit dans sa comedie des Nuees. C'est pour quoy le P. Antoine de S. Marie dit (p. 72) les Philosophes Chinois anciens et nouveaux, sous le nom du Roy u?s haut xangti adorent le Ciel visible, et luy sac- rifient en consideration de la vertu dominante et invisible du Li, que le peuple grossier ne pourroit comprendre. Mais il falloit plustost dire, que le xangti, ou ce que les Chinois adorent principalement, est le Li qui gouverne le Ciel, que de dire, qu'il est le Ciel materiel luy meme. Le meme pere de S. Marie dit la dessus fort a propos a quelques mots pres (p. 77/78) qu'il resulte de tout cecy, que les Chinois, non plus que les Japonois (instruits sans doute par les Chinois) n'ont connu d'autre Dieu qu'un premier principe (il adjoute sans fondement materiel) qu'en qualite de pr6dominant au Ciel, ils appellent Roy supreme, xangti; que le Ciel est son Palais, que Ik haut il conduit et gouverne tout, et qu'il repand des influences. Ils sacrifient к ce Ciel visible, (ou plustot к son Roy) et adorent dans un profond silence ce Li qu'ils ne nom- ment pas, a cause de I'ignorance ou de la grossierete du peuple, qui ne sauroit comprendre ce que c'est que ce Li. Ce que nous appellons dans l'homme 1штёге de la Raison, eux ils l'appellent Commende- ment et Loy du Ciel. Ce que nous appellons, satisfaction naturelle d'ob?ir a la justice, et crainte d'agir contre elle, tout cela chez eux (et j'adjouteray encor chez nous) s'appelle inspirations envoyees par le xangti (c'est-amp;-dire par le vray Dieu). Offenser le Ciel, c'est agir contre la raison; demander pardon au Ciel, c'est se corriger, et faire un retour sincere de paroles et d'ceuvres a la soumission qu'on doit к cette тёте loy de la raison. Pour moy je trouve tout cela excellent, et tout к fait conforme a la Theologie naturelle, bien loin d'y entendre malice: et je crois que ce n'est que par des interpretations forc6es, et par des interpolations, qu'on у peut trouver a redire. C'est le Chris- tianisme tout pur entant qu'il renouvelle la loy naturelle inscrite dans nos cceurs. Sauf tout ce que la r6v61ation et la grace у adjoutent, pour mieux redresser la nature.
lt;32.gt; Ces anciens sages de la Chine en considerant 1'Esprit qui gouverne le Ciel, comme le vray Dieu, et le prenant pour le Li тёте, c'est-a-dire pour la Rёgle, ou pour la souveraine Raison, ont eu plus de raison qu'ils ne savoient. Car il s'est trouv6 par les decouvertes des Astronomes, que le Ciel est tout l'Univers connu, et que notre Terre n'est qu'une de ses Etoiles subalternes; et qu'on peut dire, qu'il у a autant de 8у81ёте8 du Monde, que d'Etoiles fixes ou principales; le nostre n'estant que le 8у81ёте du Soleil, qui n'est qu'une de ces Etoiles; et qu'ainsi le gouverneur ou Seigneur du Ciel est le Seigneur de l'Univers. C'est pourquoy, comme ils ont si bien rencontre, sans en savoir la raison, il se peut, qu'ils ayent appris une partie de leur sagesse de la tradition des Patriarques.

lt;33.gt; Voyons maintenant ce que le Рёге Longobardi у oppose. II dit (2; 18) que selon les Chinois Lettres le xangti est le Ciel meme ou bien la vertu et la puissance du Ciel. Mais de dire que le xangti est le Ciel mat6riel, il n'y a point d'apparence. Et quant a la vertu ou puissance du Ciel, elle ne sauroit estre autre que la vertu ou puissance de tout l'Univers; puisque le Ciel comprend tout ce qu'on en connoist. S'imaginer je ne say quelle Ame рагПсиНёге du Ciel, qui soit le xangti il n'y a point d'apparence non plus, l^tendue du Ciel etant si immense. II у en auroit plus d'en donner a chaque 8у81ёте, ou тёте к chaque Etoile, comme les Chinois en donnent a la Terre. Les louanges dorn^es a l'Esprit du Ciel, ou к la Regie du Ciel, ne sauroient convenir a une Ame раЛюиНёге; elles ne conviennent qu'au Li. Ainsi (11; 52) si le ching-cheu, Auteur classique a dit que le xangti etoit la тёте chose que le Ciel, on peut prendre cette expression pour peu exacte ou figuree; comme nous mettons souvent le Ciel pour le seigneur du Ciel. II se peut aussi, que cet auteur ait considёrё le Ciel comme une personne, dont Г Ame estoit le Li; et dont le Corps etoit la таиёге сё1е81е, et qu'ainsi il auroit considёrё le Ciel, comme les Sto'iciens consideroient le monde. Mais il vaut mieux croire qu'il а раг1ё figurement, comme on a coutume de faire encor en Europe en parlant du Ciel, comme de Dieu, jusqu'a ce qu'on puisse assez examiner son passage.
lt;34.gt; Les Chinois racontent (chez le P. de S. Marie p. 57) que l'Empereur vuen-wang persёvёra jusques a la fin к s'humilier, a cacher Гeclat de sa Majestё, a se renfermer dans son cceur, et a s'abaisser de- vant ce seigneur et Roy tres haut xangti; que l'Empereur поттё hiaxi, lors qu'il avoit к se reprocher une nrechante action, trembloit de crainte et de respect devant le xangti, et avoit coutume de dire, que cette crainte et ce respect le retenoient, de татёге, qu'il n'osoit рёсЬег contre la droite raison. Qu'anciennement l'Empereur тёте cultivoit la terre ой Гоп semoit les fruits qu'on devoit offrir au souverain Roy et Seigneur xangti. Et (p. 59) un Roy de la Chine ayant den^^ к Confucius, s'il falloit plustot prier le Dieu tutelaire du feu, ou le Dieu le plus Мёйеиг de la maison? Confucius, luy repondit, que si l'on avoit оЙе^ё le Ciel, c'est-a-dire le Seigneur du Ciel, c'etoit к luy seul qu'il falloit demander pardon. Ce qui marque, ce semble, que Confucius, comme Platon, 6toit pour Гипкё de Dieu, mais qu'il s'accommodoit aux p^ventions populates comme l'autre.
lt;34a.gt; Le P. Longobardi тёше rapporte (17; 90) la conversation, qu'il avoit eue avec un docteur Chinois, qui luy disoit, que le Roy d'en haut ou xangti etoit une тёте chose que le Ciel, le Li, le taikie; le iven- ki (l'auteur n'explique point cecy) le tien-xing (ou les Genies p. 19) le tien-ming (vertu envoy6e du Ciel) le nan-lin (vertu de la terre). Le тёте docteur disoit, que le xangti de la secte des Lettres etoit 1'Esprit ou le Dieu que les Bonzes adoroient sous le nom de foe, et les tao-gu sous le nom de Jo-hoang. Un autre disoit (17; 87) que nostre cceur (c'est a dire ce qui орёге en nous) 6toit la meme chose que xang-ti et tien- cheu. Car les Chinois disent, que le cceur est le chuzay (ou directeur) de l'homme, reglant toutes les actions physiques et morales (15; 81). Ce qui fait voir combien ces gens parlent quelques fois vaguement et confusement, sous pr6texte que tout est un, et que souvent il ne faut point les prendre a la lettre. Et pour parler distinctement de leur dogmes, le plus seur est, de consid6rer plustost la raison et l'harmonie des doctrines, que l'ecorce des paroles.
lt;35.gt; Le meme Рёге rapporte aussi les discours des Mandarins Chinois, qui luy ont dit, que le xangti et le tien-chu, le Roy d'en haut ou le Seigneur du Ciel, n'estoit qu'une production du taikie, et finiroit comme d'autres creatures, au lieu que le taikie demeure (11; 53); que le Roy d'enhaut ou l'Esprit du Ciel finiroit avec le Ciel (17; 89); que si nostre Dieu ou nostre tien-chu (Seigneur du Ciel) 6toit le meme que le xangti, il cesseroit d'exister (17; 87,89). Mais le bon Рёге ne produit aucun passage des anciens, qui en dise autant; au contraire il paroist que les anciens ont voulu adorer le Li dans le xangti. Ce ne sont done que les idees des modernes, qui tachent de substituer к toutes les substances spirituelles des simples qualit6s materielles; a peu ргё8 comme les Cart6siens en mettent к la place de l'ame des bestes; et comme quelques anciens dans le Phcede de Platon vouloient, que l'ame n'estoit autre chose que l'harmonie ou la conjugation des dispositions mat6rielles, ou la structure de la machine. Ce qui ne tend qu'? detruire la religion, comme si elle n'6toit qu'une invention politique, pour tenir les peuples dans le devoir; ce qu'un Docteur Chinois (le meme dont nous venons de rap- porter le discours, ou il confondoit des choses diflamp;rentes sur ce fonde- ment mal entendu que tout est un) luy dit en termes ехргё8 (17; 92).
lt;36gt; Apres l'Esprit Universel qui pris absolument s'appelle Li ou Rёgle, pris comme op?rant dans les Creatures, s'appelle taikie, ou ce qui fait la consommation et retablissement des choses; et pris comme gouvernant le Ciel, lt;lagt; principale СгёаШге, s'appelle xangti Roy d'en haut, ou tien-chu Seigneur du Ciel; aprfes tout cela, dis-je, il faut venir aux Genies ou Esprits particuliers et subalternes. Ils s'appellent tien- xin en g6neral (Longobardi avant propos p. 6) ou simplement xin (8; 44) ou bien kuei-xin (p. 89). Le Рёге Longobardi remarque (44) que par le mot de xin les Chinois entendent les Esprits purs et qui montent, et par kuey les Esprits impurs ou qui descendent. Mais cela ne paroist point s'observer exactement, puisque le P. de S. Marie (p. 89) rapporte ces paroles de Confucius: О les rares vertus et les grandes perfections de ces Esprits celestes kuei-xin! Y a-t-il quelque vertu зирёйеиге к la leur? on ne les voit pas; mais ce qu'ils font les manifeste. On ne les entend point; mais les merveilles qu'ils ne cessent d'operer, parlent asses. Le meme Confucius (гарроЛё p. 91) dit, que nous ne pouvons pas concevoir de quelle fagon les Esprits sont si intimement unis a nous; ainsi nous ne pouvons avoir trop d'empressement к les honorer, к les servir, к leur offrir des sacrifices. Car, quoi que leurs operations soy- ent secr?tes et invisibles, leurs bienfaits ne laissent pas d'etre visibles, effectifs, et reels.
lt;37.gt; Sur des expressions si fortes d'un auteur et d'un ouvrage des plus classiques il me paroist que les Missionnaires dont parle le P. de S. Marie, (p. 90) ont eu grande raison, de comparer les Esprits ou G6nies к nos Anges. Le P. de S. Marie reconnoist que les Chinois les considferent comme subordonn6s au xangti, Esprit universel et supreme du Ciel (p. 89) et il les compare (p. 96) avec les Ministres ou Dieux inf6rieurs du grand Dieu chez Seneque et chez S. Augustin encore Manicheen; comme il le marque dans sa Confession. Ces Missionnaires ont done crfi (avec raison, a mon avis), que les plus anciens Philosophes Chinois, et Confucius аргёз eux, sous les noms de xangti et de kuei-xin avoient eu connoissance du vray Dieu, et des Esprits c61estes qui le servent; puis qu'ils sembloient leur attribuer une attention particulifere к d6fendre et к conserver les hommes, les villes, les provinces, les royaumes, non pas comme s'ils en estoient les Ames ou formes substantielles de ces choses, mais comme le pilote est dans le vaisseau, ce que nos Philosophes appellent des intelligences et formes assistantes. Et il faut avouer que les paroles de Confucius et d'autres anciens Chinois у portent sensu maxime obvio et naturali. Et il у a grande apparence, que ces expressions si approchantes des grandes v6rit6s de notre Religion, sont parve- nues aux Chinois par la tradition des anciens Patriarches.
lt;38.gt; Le P. de S. Marie n'y oppose que des Interpretes, qu'on ap- pelle classiques, mais qui sont bien posterieurs. Le grand Commentaire sur les livres originaux appelle ta-ziven et la somme de philosophie арреИёе SING-LI (1; 11) ou ce que le P. de S. Marie appelle en un mot taciven singli, ont ete compiles, selon ce Pere par ordre du Roy, il у a plus de 300 ans, de sorte qu'on les peut considSrer comme modernes. Et leur autorite, quand il s'agit du veritable sens des anciens Textes, ne sauroit etre plus grande que celle d'un Accursius ou d'un Bartolus, quand il s'agit d'expliquer le sens de VEdictum perpetuum de l'ancienne jurisprudence Romaine, qu'on a trouve aujourdhuy bien eloigne ^s sou vent de celuy de ces Glossateurs. C'est comme plu- sieurs interpretations que les Arabes et les Scholastiques ont prestees amp; Aristote se sont eloignees de son veritable sens, que les anciens interpretes Grecs luy donnoient, et que des modernes ont retrouve. Et je crois moy meme d'avoir montre ce que c'est que VEntelechie, que les Scholastiques n'ont gueres connue.
[auBzuIaBen. II у a bien de l'apparence que si les Europeans etoient informes a fonds de la literature Chinoise, ils у decouvriroient bien des choses inconnues aux Chinois modernes et meme aux interpretes posterieurs; comme le pere Bouvet et moy nous avons decouvert le veritable sens des caracteres de fohi, qui contiennent топ Arithmetique bi- naire, et en meme temps, comme j'ay encore decouvert depuis la logique des Dichotomies, choses tout h. fait inconnues aux savans Chinois posterieurs, qui en ont fait je ne say quels symboles et hieroglyphes; comme on a coutume de faire, quand on n'entend point le veritable sens des cara^res; et comme le pere Kirker a fait par rapport a l'Ecriture des egyptiens, ou il n'entendoit rien. Et cela fait voir que les anciens Chinois ont infiniment lt;surgt;passe les modernes, tant par rapport a la piete ou a la veritable morale, a la doctrine de la vertu et h lt;lagt; Droiture du cceur qu'a l'egard de la science profonde.]
lt;39.gt; Ainsi l'autorite que les Peres Longobardi et de Sainte Marie donnent aux Chinois modernes, n'est qu'un prejuge d'Ecole. Ils ont juge de 1'Ecole Chinoise posterieure, comme l'Ecole posterieure Eu- ropeenne (dont ils etoient preoccupes) voudroit qu'on jugeat d'elle; C'est amp;dire qu'on jugeat du texte des Loix divines et humaines, et des anciens auteurs par leurs interpretations ou glosses. Defaut assez repandu parmy les Philosophes, les Jurisconsultes, les Moralistes ou les Theologiens: Sans parler des Medicins, qui n'ayant presque plus d'Ecole fixe, ny meme de Iangage regie, sont all?s jusqu'au mepris des anciens, et se sont tellement affranchis du joug, qu'ils sont tombes dans la licence, puis qu'ils n'ont presque plus rien d'etabli au dela de quelques experiences ou observations, qui meme bien souvent ne sont pas trop asseurees. De sorte qu'il semble, que la Medicine auroit besoin d'estre rebatie tout de nouveau, par des communications autorisees de quelques excellens hommes dont elle ne manque point, qui retabli- roient un Iangage commun, separeroient l'incertain du certain, fix- eroient provisionnellement les degres du vraisemblable, et decouvr- iroient une methode certaine pour l'accroissement de la science: Mais cela soit dit en passant.
lt;39agt; Le peu d'autorite des Glossateurs fait que je m'etonne, que de tres habiles Theologiens de nostre temps, qui preferent la doctrine des anciens Pdres de l'Eglise aux sentimens des Modernes, dans laTheol- ogie speculative aussi bien que dans la Morale, pretendent de juger de la Theologie des Chinois plustot par les Modernes, que par les Anciens. On ne le doit point trouver etrange dans un Рёге Longobardi, ou dans un Рёге de S. Marie, qui donnoient apparemment dans les sentimens de l'Ecole Theologique et Philosophique vulgaire; mais il me semble que parmy des savans Tlreologiens qui s'opposent aux .^suites sur cette таиёге de la doctrine Chinoise, il у en a qui en devroient juger tout autrement.
lt;40.gt; Le Рёге de S. Marie rapporte quelque chose en passant, qui pourroit faire soub^onner encore les anciens Philosophes de n'avoir point eu d'assez bons sentimens. Mais comme il n'appuye gueres la dessus je doute que la chose soit assez vёrifїёe, ou vienne asses au fait. Cependant je ne le veux point dissimuler, pour agir avec toute la 8тсёгкё possible. Apres avoir гарроЛё (p. 89) le beau passage de Confucius та^иё су dessus, il pretend, que ее тёте auteur, continuant son dis- cours, dёcouvгe jusqu'oft va son erreur grossiёre sur cela. Car il dit (selon ее Рёге) que les Esprits s'unissent et s'incorporent reellement avec les choses, dont ils ne peuvent se 5ёрагег, qu'ils ne soyent totalement dёtruits. Opinion tres conforme (dit ее Рёге) h la Philosophie de ее тёте Confucius, ой il enseigne que la Nature et l'essence des choses est le Li, taikie, leur premier principe et leur Createur, lequel comme Roy du Ciel s'appelle xang-ti (c'est-^-dire Roy supreme) et comme dominant sur les Estres particuliers et subalternes, ой se fait la gёnёration et la corruption, il se nomme kuei-xin. Or comme la Matiere et la forme ne peuvent se desunir sans la destruction du tout qu'elles composent; de meme ces Esprits, sont si unis aux choses, qu'ils ne peuvent les quitter, sans se corrompre.
lt;41 .gt; J'ay voulu reciter mot pour mot les paroles du P. de S. Marie, que je vay maintenant examiner. Et je dis d'abord, que je suis porte к croire, que ce ne sont pas les doctrines expresses de Confucius, mais des sentimens qu'on luy prete sur les т1егргё1айоп5 des modernes. Car les paroles expresses qu'on rapporte de luy, ne souffrent point ce sens; a moins qu'on ne veuille soutenir, qu'il n'a parle que pour tromper les lecteurs simples, sous le voile de religion, mais que son vray sentiment estoit celuy des Athees, imputation, ou l'on ne doit venir que sur de bonnes preuves, et dont je n'ay vu aucun fondement jusqu'icy, que les interpretations sourdes des modernes, qu'ils n'oseroient peutetre point avouer asses nettement dans des ouvrages publics. Si Confucius avoit ce sentiment des Esprits, il n'en jugeroit pas plus avantageusement que notre Ecole commune juge des Ames des bestes, qu'elle croit perir avec la bete; mais cela etant, ainsi que seroit-ce, que ces rares vertus et grandes perfections, ces merveilleuses operations, ces grands bienfaits dignes de notre reconnoissance et de notre culte, qu'il attribue a ces esprits et G6nies celestes?
lt;42gt; De plus Confucius et les anciens donnent des Esprits ou des Genies assistans к plusieurs choses, qui ne sont point susceptibles d'une telle incorporation, par exemple aux hommes, aux villes, aux provinces. Quelle apparence aussi de s'imaginer une incorporation de l'Esprit avec sa montagne, ou avec sa rivifere; ou meme de l'esprit des quatre saisons, avec les saisons memes, de l'esprit du chaud et du froid avec ces qualites. Ainsi il faut dire, ou que ces anciens Chinois se moquoient des gens, et ne cherchoient, que de les tromper, ce qu'il ne faut point leur imputer sans preuve; ou qu'ils croyoient des Esprits subalternes, ministres de la divinite, gouvernans les choses de leur departement; ou enfin qu'ils honnoroient sous leur nom la vertu divine r6pandue par tout, comme quelques anciens Grecs et Latins ont pr6tendu, que sous les noms de plusieurs Dieux on n'adoroit, qu'une seule divinit6.
lt;43.gt; Je soub$onne encore que le P. de S. Marie a mal pris le sens de Confucius, comme s'il disoit, que les Esprits ne sont s6pares des choses qu'ils gouvernent, sans etre detruits; au lieu que Confucius pa- roist avoir dit, que les Esprits ne s'en separent point, sans que ces choses qu'ils doivent gouverner soyent detruites. Car je trouve que c'est ainsi que le P. Longobardi Га pris, citant (11; 57) le chap. 16 du chung- jung, ou Confucius, aprbs avoir enseigne, que les Esprits sont des parties qui composent I'etre des choses, adjoute, que les esprits ne peuvent en etre separes, que la destruction de ces choses, (il ne dit pas des esprits) ne s'ensuive. Et il у a de Гаррагепсе, que lors que Confucius fait les Esprits parties des choses, il ne l'entend pas de tous les Esprits, par la raison que j'ay alleguee. Et peut etre aussi que le terme de partie est pris icy dans un sens plus large, pour ce qui est dans une chose, et est requis к sa subsistance ou conservation.
lt;44.gt; Selon les modernes, qui pretendent d'etre les sectateurs de Confucius, et des anciens, mais qui ne reconnoissent point de substances spirituelles, et pas meme de vrayes substances, excepte la тайёге, qu'ils ne considerent que comme акёгёе par des mouvemens des figures et des qualms accidentelles; selon les modernes, (dis-je,) ces Esprits celestes, ou auties que les anciens Chinois attribuent aux choses, ne seroient que des etres de dёnomination, l'amas des qualms accidentelles de la matiere; comme sont les formes qui constituent les Etres par accident de Гёсо1е, des tas de pierres, des montagnes de sable etc; formes bien infi6rieures sans doute a l'ame des bestes; soit qu'on prenne ces ames a la Scholastique, soit qu'on les prenne a la Cai^sienne, qui n'y trouvent aussi qu'un amas de qualms accidentelles, mais sans doute bien plus ajustees; puisque l'Esprit du Ciel, l'Esprit des causes naturelles, l'Esprit des montagnes (par exemple) manquant d'organes, seroient incapables de connoissance, et тёте d'une apparence de connoissance; bien loin de тёгкег du culte. Ainsi ce seroit une pure tromperie, que de les vouloir faire honorer.
lt;45.gt; Le xu-king livre originaire, et des plus anciens, selon le Рёге Longobardi (1; 10) raconte liv. 1. p. 11 au rapport de ее тёте Рёге (11; 51), que les Chinois dёs le temps de Iao et de Xun, qui sont les Fonda- teurs de l'Empire, ont adore les Esprits, et que quatre sortes de sacrifices se faisoient к quatre sortes d'Esprits. Le premier sacrifice арреНё lui se faisoit au Ciel, et tout ensemble к son Esprit арреНё xangti. Le second арреНё in, se faisoit к l'Esprit des six principales causes, c'est- a-dire des quatre saisons de Гаппёе, du chaud et du froid, du Soleil, de la Lune, des Etoiles, de la pluye et de la 8ёсЬеге85е. Le troisiёme nom- тё vuang, se faisoit aux Esprits des Montagnes, et des grandes гмёге8. Et le qua^me, поттё pien se faisoit aux Esprits des choses moins considёrables de l'Univers, et aux hommes illustres de la Republique.
Et le meme R Longobardi remarque (2; 13) que le Texte dit, qu'il у a differens Esprits, qu'il nomme kuei, ou xin ou conjointement kuei-xin, qui pr6sident aux Montagnes, aux Rivieres, et aux autres choses de ce bas monde. Mais les interpretes expliquent cela, des causes naturelles, ou des qualites qu'elles ont de produire certains effets.
lt;46.gt; Ces Interpretes ont raison, s'ils n'approuvent point, qu'on s'imagine avec le peuple ignorant de I'antiquite, que Jupiter, ou un certain genie de l'air, lance la foudre; qu'il у a certains barbons assis dans ces montagnes et dans les creux de la Terre, qui versent les rivieres de leurs Umes; s'ils croyent, que tout cela arrive naturellement par les qualites de la matiere. Mais ils n'ont point raison, s'ils croyent, que les anciens ont voulu faire adorer ces choses brutes; et s'ils reduisent к cette meme condition d'un amas de qualites brutes, le premier principe, et le gouvemeur du Ciel, ou plustost le gouverneur de l'Univers; puisque les merveilles des choses particulieres, qui ne connoissent point ce qu'elles font, ne sauroient venir que de la sagesse du premier principe. Ainsi il faut croire, ou que les Anciens sages de la Chine ont cru, que certains Genies comme Ministres du supreme seigneur du Ciel et de la Terre presidoient aux choses inferieures; ou qu'ils ont voulu adorer le grand Dieu encore dans les vertus des choses particulieres, sous le nom des Esprits de ces choses, pour donner dans I'imagination des peuples; et que c'est ainsi qu'ils ont cru que tout estoit un, c'est a dire que la vertu d'un grand principe unique, paroissoit par tout dans les merveilles des choses particu^res; que l'Esprit des saisons, l'Esprit des montagnes, l'Esprit des rivieres, 6toit ce meme xangti qui gouverne le Ciel.
lt;47.gt; Ce sentiment est le plus vray. Cependant l'autre admettant des G6nies presidens aux choses naturelles, globes celestes, Elemens etc. n'est pas tout к fait intolerable, ny destructif du Christianisme, comme j'ay deja remarque су dessus. Mais s'il sera ais6 d'enseigner et de faire recevoir aux Chinois ce qui est le plus veritable, par une interpretation raisonnable de cet Axiome, que le tout se r6duit a la vertu d'un; c'est a dire que les vertus de toutes les cr6atures inanimees ne marquent point leur sagesse, mais celle de l'Auteur des choses, et ne sont qu'une suite naturelle des forces que le premier principe у a mis. Faisant pour- tant comprendre, suivant la veritable Philosophie decouverte de nos jours, que des substances animees sont repandues par tout, qu'elles n'ont lieu pourtant que lk, ой il у a des organes qui ont du rapport к la perception; que ces substances animees ont leurs Ames ou leurs Esprits propres, comme rhomme qu'il у en a une infinite au dessous, mais aussi une infinite au dessus de l'Ame ou de l'Esprit de l'homme; que ceux qui sont au dessus s'appellent Anges et Genies; qu'il у en a qui servent plus particu^rement le souverain Esprit, etant plus disposes к entendre sa volonte et a s'y conformer; que les Ames des personnes vertueuses, leur sont associees, et qu'on peut leur accorder des honneurs, mais qui ne derogent point к ce qu'on doit a la substance supreme.
lt;48.gt; Ainsi on peut encor satisfaire aux interpretes Chinois modernes, en leur applaudissant, lors qu'ils reduisent aux causes naturelles le gouvernement du Ciel, et d'autres choses, et s'eloignent de l'ignorance du peuple, qui у cherche des miracles surnaturels, ou plustot surcor- porels, et des Esprits, comme Deus ex machina. Et on les eclairera d'avantage \k dessus en leur faisant connoitre les nouvelles decouvertes de l'Europe, qui rendent des raisons presque mathematiques de plusieurs grandes merveilles de la nature, et font connoitre les veritables systemes du Macrocosme et du Microcosme. Mais il faut leur faire reconnoitre en meme temps, comme la raison le demande, que ces causes naturelles, qui font leur office si exactement к point nomme pour pro- duire tant de merveilles ne le sauroient faire, si elles n'estoient des Machines preparees pour cela et formees par la sagesse et par la puissance de la substance supreme, qu'on peut appeller Li avec eux.
lt;48a.gt; C'est peut etre pour cela que Confucius n'a pas voulu s'expliquer sur les Esprits des choses naturelles; parce qu'il jugeoit, que ce qu'on devoit adorer dans l'Esprit du Ciel, des saisons, des mon- tagnes et d'autres choses inanim?es n'estoit que le souverain esprit, le xangti, le taikie, le Li mais qu'il ne croyoit point le peuple capable de se detacher des choses qui tombent sous les sens; et ne vouloit point s'expliquer Ik dessus. C'est pourquoy, au rapport du P. Longobardi (3; 27) dans le lun-xin liv. 3 part. 3 un disciple de Confucius nomme zuku dit, comme en se plaignant de son Maitre: je n'ay jamais pfl obtenir de luy, qu'il me parlat de la nature humaine, et de l'etat naturel du Ciel, que sur la fin de sa vie. Et dans le meme Livre, Confucius dit: la bonne maniere de gouverner le peuple est de faire en sorte qu'il honore les Esprits, et qu'il s'eloigne d'eux. C'est-a-dire, qu'il ne s'arreste pas a vouloir examiner ce qu'ils sont, et ce qu'ils font. [Dans le chap. 6 du meme livre lunlt;ju il est rapport6, que Confucius к la question que luy posoit lillu, un de ses disciples, sur ce que c'estoit que la mort, luy repondit fort sechement: celuy qui ne sait pas ce que c'est que la vie, comment peut il savoir lt;ce que c'est que la mort).] Au livre 4. p. 6. il est dit, qu'il у avoit quatre choses, entre autres l'Esprit, sur quoy Confucius affectoit un grand silence. Les commentaires en rapportent la raison, parce que, disent-ils, il у a plusieurs choses difficiles a entendre; et ainsi il n'estoit pas a propos d'en parler a tout le monde. Dans le livre nomme kialu, il est dit, que Confucius voulant une bonne fois se delivrer de Г importunity de ces disciples, qui ne cessoient de le questionner sur les Esprits, sur l'Ame raisonnable, et sur ce qui se passoit apres la mort, resolut de leur donner une regie g6nerale, qui est de raisonner et de disputer tant qu'on voudra sur les choses renfermees dans les six positions (il falloit nous expliquer ces six positions) c'est-k-dire, qui sont visibles, ou dans le monde visible; mais к Fegard des autres choses, il veut qu'on les laisse lk, sans en disputer, ny les approfondir.
lt;49gt; Le P. Longobardi (3; 28) en tire cette cons6quence que la secte des Lettres a une doctrine secrfete r6servёe pour les maitres seuls - mais cela ne s'ensuit point, car Confucius pouvoit ignorer luy meme ce qu'il ne vouloit point qu'on approfondit. Apparemment il n'y a point aujourdhuy de telle secte сасЬёе dans la Chine, si ce n'est qu'on veuille dire que les Hypocrites en font une. Et quand il у en auroit, on ne doit s'arreter icy qu'k ce que les gens osent avouer dans des ouvrages publics. Car il у a par tout des gens qui se moquent de leurs propres dogmes. Ainsi lors que ее Рёге dit (11; 58) que les Let^s du commun admettent des esprits vivans ou des esprits des Sacrifices au lieu que les Lettr6s de reputation n'admettent que des Esprits de gёnёration et de corruption (qui ne sont que des simples qualms n^srielles) je т'ёШппе qu'il veut que les Missionnaires ayent principalement ёgard a ces docteurs de reputation; au lieu que je crois qu'ils doivent les regarder comme des Ьё1ёго- doxes, et s'attacher к la doctrine commune et publique.
lt;50.gt; Le Рёге semble en conclure encore, que Confucius luy тёте avoit de mauvais sentimens, tёmoignant asses par tout, qu'il croit les anciens Chinois aussi Atlrees que les modernes, comme il dit en termes expres (16; 84); et il juge que cette nrethode de Confucius a corrumpu le coeur et obscurci l'esprit des Lett^s Chinois les reduisant к ne penser qu'aux choses visibles et palpables; et qu'ainsi ils sont ton^s dans le plus grand de tous les maux qui est l'Atlreisme. Je veux croire que ce silence et cette Ntethode de Confucius у а соптЬиё, et qu'il auroit mieux fait de s'expliquer d'avantage. Cependant il paroist que des modernes ont рои85ё la chose plus avant, que sa Ntethode ne le portoit: suivant laquelle on peut dire, que bien loin de nier les esprits, et la religion, il vouloit seulement, qu'on n'en disputat point, qu'on se contentat de savoir l'existence et les effets du xangti et des Esprits, et qu'on les honorat et praetiquat la vertu pour leur plaire; sans approfondir leur nature, et sans entrer dans le comment ou dans la ташёге de leurs op6rations. Et il у a eu de tout temps des auteurs Chrestiens, qui ont conseill6 la meme chose dans le Christianisme, sans avoir aucune mauvaise intention. Ainsi je trouve que tout ce qu'on dit contre les Anciens Chinois ne sont que des soupgons sans fondement.
lt;51.gt; La doctrine commune et autoris6e des Chinois sur les esprits, paroist asses bien гергё8етёе dans un passage de leur Philosophie, que le P. Longobardi rapporte luy тёте (12; 61 seqq.). Le Chu- Zu livre 28 de la Grande Philosophie p. 2. demande : les Esprits sont ils de l'air? II repond qu'il paroist plus tost qu'ils sont la force, la vigueur et activite dans l'air, que l'air тёте. II distingue p. 15. entre les bons esprits qui ont de la clart6 et de la droiture et produisent des bons effects, dans le soleil, la lune, jour, nuit etc. mais qu'il у lt;sontgt; aussi des esprits tortus et obscurs. II adjoute une ^о181ёте еврёсе d'Esprits, lesquels amp; ce qu'on dit, repondent aux questions, qu'on leur fait, et accordent les graces qu'on leur demande. Et pag. 58. il prouve qu'il у a des esprits, par le raisonnement suivant: S'il n'y avoit point d'esprits, les Anciens, ne leur eussent pas fait des de- mandes аргё8 des jeunes et d'autres abstinences. De plus l'Empereur sacrifie au Ciel et к la Terre, les princes et les Dues (ou Heros) sac- rifient aux grandes Montagnes et aux grandes Rh^res, les Seigneurs offrent les cinq sacrifices etc.
lt;52.gt; Le.meme auteur demande encore quand on sacrifie au Ciel, a la Terre, aux Montagnes, aux Eaux, quand on offre et immole des victimes, quand on brule des р1ёсе8 de soye, quand on fait des libations de vin, cela se fait il seulement pour montrer la bonne disposition du cceur, ou bien parce qu'il у a un Air (un esprit) qui vient recevoir les offrandes? Si nous disons, qu'il n'y a rien qui vienne recevoir ce qu'on offre, a qui sacrifions-nous? Et qu'est ce que c'est la haut, qui nous inspire du respect, et qui porte les hommes a luy faire des sacrifices, et a le craindre? Si nous disons aussi, qu'il descend dans un grand char de nuages, ce sera une grande imposture. II semble que cet Auteur a voulu tenir le milieu, entre l'incredulite des impies, et entre les imaginations grossieres du peuple. II veut qu'on reconnoisse et qu'on honore les esprits, mais qu'on ne les croye point presens d'une maniere telle que 1'imagination se peut le representer.
lt;53.gt; Le meme Philosophe Chinois pag. 39. traitant de l'Esprit du Ciel, qui est le Roy d'en haut, dit qu'il s'appelle xin, parce que l'air du Ciel s'etend par tout. Le Рёге Longobardi en infёre (12; 64) que les Chinois ne croyent dans le Ciel aucun esprit vivant et intelligent, mais seulement la substance de l'air, avec son activite ou son influence. Mais le bon Рёге, n'y voit que ses pr6juges. L'Auteur Chinois donne aux esprits non seulement de la force ou de l'activite, mais aussi de I'intelligence, puis qu'ils se font craindre et respecter. II considёre l'air c'est-a-dire le corps subtil, comme leur vehicule.
lt;54.gt; Le meme auteur veut qu'on cherche une proportion ou connexion entre l'Esprit к qui on sacrifie, et celuy qui sacrifie; que c'est pour cela que l'Empereur doit sacrifier au Roy d'en haut ou au Seigneur du Ciel, et il est appelle tien zu, fils du Ciel; des Princes et Dues sacri- fient aux Esprits protecteurs des cinq genres de vie. On sacrifie a Confucius dans les Ecoles des Universites. Et que ce rapport fait encor que chacun doit sacrifier a ses ancestres. II veut marquer par lk, que les Esprits se gouvernent selon la raison, et assistent ceux qui s'y conferment. Au lieu que le P. Longobardi en k^re (12; 65) que les Esprits ne sont qu'air et Ма^ёге. L'Auteur insinue tout le contraire.
lt;54a.gt; Je trouve encore dans cette Philosophie Chinoise un assez joli raisonnement contre les idolatres. Le docteur ching-lu expliquant le chung-jung de Confucius liv. 28. p. 37. rapporte par le P. Longobardi luy meme (12; 60), dit que c'est une grande ignorance d'aller demander de la pluie aux Idoles de bois et de terre, qui sont dans les Temples, pendant qu'on neglige les montagnes et les eaux, c'est-a-dire les choses dont les vapeurs produisent la pluye. II insinue que le culte doit etre fonde en raison, et observer les proportions et les liaisons des choses, et qu'alors il est agreable aux esprits, ou bien au xangti, к l'Esprit univer- sel ou si vous voules au Li, к la raison supreme, qui gouverne tout. Et le bon рёге penetre fort peu dans le sens de l'auteur, lors qu'il en h^re, qu'il ne reconnoist point d'autres Esprits dans les eaux et les montagnes, que l'air materiel, sans connoissance.
lt;54b.gt; C'est dans le meme Esprit que Confucius dit dans son su lum iu (au rapport du P. de S. Marie p. 29) sacrifier a 1'esprit qui n'est pas de ton etat et de ta condition ou qui n'est pas propre pour toy, c'est une flatterie temeraire et infructueuse: La Justice et la raison у repug- nent. Et selon l'exposition de сним kolao il n'appartient qu'a l'Empereur de sacrifier au Ciel et к la Terre, il appartient aux Heros du Royaume de sacrifier aux Montagnes et aux Eaux, il appartient aux hommes illustres de sacrifier aux Esprits; le reste du peuple a le droit de sacrifier aux ancetres. Et la Somme Philosophique dit (chez le P. de S. Marie p. 31) les ames cherchent les Esprits de meme qualite, et avec lesquels elles ont le plus de rapport; par exemple, si un paysan s'adressoit a l'esprit d'un homme de condition dans le meme instant il seroit rebute, et cet esprit n'opereroit rien. Mais si quelqu'un invoque un esprit proportion- пё к son etat, il est assure qu'il touchera l'esprit et le portera к le favor- iser. Et le P. de S. Marie adjoute (p. 32) que pour cette raison les seuls Lettres sacrifient к Confucius, et que c'est de cette maniere qu'on doit entendre ce que le Pere Martinius avoit expose a Rome en 1656 que le temple, ou comme il l'appelloit, la Sale de Confucius est fermee a tout le monde hors aux Lettres. Le meme Pere remarque (p. 50) que les Sol- dats Chinois honorent un ancien et illustre Capitaine tai-kung: les Me- decins une espece d'Esculape, les Orfeuvres un ancien Alchymiste, qu'ils nomment su-hoang.
lt;55.gt; Ce Pere entre encore dans un plus grand detail (p. 95). Selon luy les Chinois attribuent au tres haut xangti, et a tous les autres Esprits kuei-xin le gouvernement du Monde, au premier comme au souverain Seigneur, qui habite le Ciel, comme son Palais, et aux esprits comme a ses Ministres, chacun commandant dans le poste qu'on lui а сопЯё, les uns plac6s dans le Soleil, laLune, les Etoiles, les nu6es, les tonneres, les greles, les tempetes, et les pluyes; les autres dans la terre, sur les montagnes, les etangs, les fleuves, les moissons, les fruits, les forests et les herbes; d'autres parmi les hommes et les animaux; plusieurs dans les maisons, aux portes, aux puits, aux cuisines, aux fourneaux, aux lieux memes les plus immondes; d'autres a la guerre, aux sciences, a la me- decine, a l'agriculture, к la navigation, a tous les arts mechaniques. Chaque Chinois prend pour son Patron un esprit qu'il prie, qu'il invoque, qu'il tache de se rendre favorable par des Sacrifices. Ils rendent a leurs Ancetres les memes devoirs qu'aux esprits familiers et domes- tiques; les autres morts ils les traitent d'esprits etrangers. Pour Confucius, et ses disciples les plus renommes, ils les prient comme des Esprits qui president aux Ecoles et aux sciences. La Glosse du Pere est que les Chinois sont comme les Stoiciens, qui se figuroient un Dieu materi- el repandu dans tout l'univers pour l'animer, et pour le gouverner avec d'autres Dieux subalternes. Mais je ne voy rien qui nous empeche d'y trouver un Dieu spirituel, auteur de la matidre meme, montrant sa sa- gesse et puissance dans les choses brutes et servi par des esprits intelli- gens ressemblants к nos anges et к nos ames. Et on peut dire que le peuple chez eux, comme chez les payens, multiplie ses esprits particu- liers outre mesure et besoin, au lieu que les sages se contentent du supreme esprit, et de ses ministres en general, sans leur assigner des de- partemens fixes.
lt;56.gt; J'ay dit au commencement, que je ne veux point examiner jusqu'a quel point le Culte des Chinois pourroit etre Ыатё ou excuse, et que je veux seulement faire recherche de leur doctrine. Et il me paroist (к joindre tout ensemble) que Fintention de leurs sages a €x€ d'honorer le Li ou la supreme raison, qui se fait voir et opere par tout, soit imm?diatement, dans les choses brutes ou la raison n'appartient qu yk leur auteur, soit par des esprits infSrieurs comme ses ministres aux quels les ames vertueuses sont associees. Et les memes Sages ont voulu qu'on donnat son attention aux objets dans les quels la supreme sagesse paroist plus particulierement, et que chacun doit avoir ?gard pour cela, aux objets les plus convenables к son 6tat, selon le ^glement des Loix: L'Empereur aura egard au Ciel et к la Terre; les grands Seigneurs aux grands corps qui ont influence dans la production des alimens, comme les Elemens, les fleuves, les montagnes; les Lettres aux esprits des grands Philosophes et L6gislateurs; et chacun aux ames vertueuses de sa famille. Et le P. de S. Marie (p. 25) apporte luy тёте un excellent passage, de ce que les inteq^tes Chinois disent sur deux lettres, qu'on ёпопсе ty chang honnorer les ancetres. Voici leur exposition: Quand l'Empereur sacrifie к ses ancetres, il faut, qu'il ё^е son esprit, et qu'il pense к Fauteur dont est sorti son premier ancetre, et qu'k tous les deux comme unis (c'est ainsi que je crois qu'il faut l'entendre, et non pas comme ёgaux) il adresse son sacrifice. Le P. S. Marie у adjoute, que Fancienne exposition de leurs cara^res dit la тёте chose, que cette lettre ti signifie, que sacrifiant к leurs ayeuls, ils rapportent leur sacrifice a l'origine dont ils sont sortis, et que la moit les у rejoint, gardant toujours l'ordre de la ргё8ёапсе de Fun sur l'autre. C'est-k-dire considёrant les ames des ancetres comme des esprits subalternes к l'esprit supreme et univer- sel Seigneur du Ciel et de la Terre.
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Источник: Лейбниц Г. В.. Письма и эссе о китайской философии и двоичной системе исчисления. — М.,2005. — 404 с.. 2005

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