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JOACHIM BOUVET A LEIBNIZ1 Peking, 8е Novembre 1702  

Monsieur,
Vous devez avoir re?u par la voye d'Angleterre la r6ponse que je fis Fan passё amp; la savante et trop obligeante Lettre, que je regus cette meme аппёе de votre part. Pour me procurer de tems en tems des marques aussi utiles et aussi agreables que celle-lamp; de Fhonneur de votre souvenir, je devois bien mieux profiter de deux occasions favorables que j'ai eues cette moisson; et prendre la liberte de vous ёспге par quelqu'une de ces voyes-l? encore plus amplement que je ne fis Fan passё. Mais le depart avance du vaisseau, qui nous а гатепё le Рёге de Fontaney; et celui de ее тёте Рёге, qui nous quite une seconde fois, pour retourner en France, ой le bien de cette mission le rapelle, ne m'ont pas laisse le tems necessaire pour me satisfaire, comme j'aurois souhaite, sur ce point.
Cela m'obligeant de me contenter d'une courte Lettre, je vous dirai seulement, Monsieur, qu'ayant continue cette аппёе avec la тёте apli- cation F etude des anciens livres de la Chine, j'ai eu le bonheur d'y faire de nouvelles decouvertes, qui me paroissent d'autant plus importantes, qu'elles ont un raport tres particulier к la Religion; et qu'elles ouvrent une route egalement naturelle et facile pour conduire F esprit des Chinois, non seulement a la conoissance du Cr6ateur et de la religion naturelle; mais encore к Jesus Christ, son fils unique, et des verites les plus difficiles du Christianisme. Si j'avois le loisir d'entrer ici dans quelque detail, vous auriez le plaisir d'aprendre par la lecture de cette Lettre, que le systeme presqu'entier de la vraie Religion se trouve renferme dans les livres classiques des Chinois; et que les principaux misteres de l'lncarnation du Verbe, de la vie, de la mort du Sauveur, et les princi- pales fonctions de son saint ministere sont contenues comme d'une manure prophetique dans ces precieux monumens de l'antiquite Chinoise. Vous seriez etonne aussi bien que moi, de voir que ce n'est que comme un tissu continuel d'ombres, de figures, ou de propheties des verites de la loi nouvelle. Et j'aurois le plaisir de vous donner la juste idee qu'on doit avoir de ces admirables livres, pour lesquels les Chinois ont eu de tout tems, avec plus de raison qu'on n'a cru jusques ici, une estime beaucoup mieux fonde, qu'ils ne croyent eux-memes. Car depuis environ deux mille ans qu'ils ont perdu presque tout-^-fait la conoissance du vrai Dieu, en perdant la signification jerogliphique de leurs characters, et Tintelligence de leurs anciens livres, ils n'ont pu conserver qu'une estime superficielle pour la doctrine qui у est contenue, puisque depuis si longtems elle a cess6 de faire sentir к leurs esprits la sublimite et la saintet6 des vertes et des maximes, qui en font la veritable ёсо- nomie. Et puisque j'ai commence de vous dire ingenument ce que je pense des livres canoniques et des characters Chinois, j'ajouterai ce que je crois qu'on doit suposer comme une chose tres certaine, savoir que les uns et les autres sont beaucoup plus anciens que les Chinois memes, et que ce sont des monumens fideles de la tradition la plus ancienne que les Рёге8 communs de toutes les nations ont Ы58ёе8 a leurs descendans, et que les Chinois ont consent plus soigneusement que les autres.
Aussi depuis que j'ai lu les livres qui traitent de l'origine de cette nation; et ехаттё les fondemens sur quoi elle se donne une si grande antique, suis-je bien ёк^пё du sentiment de tous ceux qui ont cru jusqu'ici etre оЬ^ё8 de les en croire sur leur tёmoignage.
Au contraire je crois etre ёvidemment convaincu, qu'environ les vingt premiers 81ё- cles de leur histoire sont bien differens des autres; et qu'on ne les doit regarder que comme des 51ёс1е5 fabuleux, ou, pour mieux dire, comme ces tems obscurs, qui ont dom^ occasion a 1'histoire mythologique et obscure des Grecs. Ainsi je pretens que la ргегтёге partie de leur histoire, contenant cette longue suite d'Empereurs et de Rois depuis Fo-hii le pretendu fondateur de cette monarchic, jusques a quelques 81ёс1е8 avant Confucius, n'est a la bien dёflnir qu'une histoire altegorique, ou une esphce de роёте historique invent^ et С0тр08ё par ses auteurs, quels qu'ils ayent €te, pour expliquer d'une татёге agreable et savante le 5у51ёте de la Religion ancienne: de тёте к peu ргё8 que les Grecs, pour ne rien dire des autres peuples, dont l'origine se confond ёgale- ment dans la fable des 81ёс1е8 obscurs, ont expliq^ la Religion de leur nation par ce tissu de fictions, dont leurs роётез sont сотро8ё8: avec cette diffёгence пёаптот8 que ceux-ci ayant abandonne les traditions anciennes, et corrumpu ёgalement leurs moeurs et leur doctrine, se firent un 8у81ёте de Religion impie et monstrueux, et le гергё8етёгет dans leurs poёsies sous des images conformes au dёrёglement de leurs passions. Et ceux-lamp; au contraire constamment attaclres к la риге1ё de la doctrine, et des coutumes les plus anciennes de la Religion, semblent en avoir conse^ et voulu регрёШег le уёгкаЫе esprit dans toutes ces allegories et fictions misterieuses de leur histoire mythologique, dont on ne connoitra bien tout le pur et merveilleux artifice, que quand on aura acheve de developer tous ces misteres par une exacte analise tant des principaux characteres jeroglyphiques qui у ont 6te employes, que des principes d'Arithmetique, de Geometrie, d'Astronomie, d'Astrologie, de Musique, de Metaphisique, de Phisique, etc. Sur quoi roule tout le systeme de l'ancienne et veritable sagesse des livres Chinois.
Quelque nouvelles ou suspectes que puissent paroitre ces sortes de recherches, sur tout aux personnes, qui n'ont pas comme vous, Monsieur, les lumieres necessaires pour en juger sainement sur des indices aussi legers et aussi peu detailles, que sont ceux que j'ai produits jusqu'ici: toutefois 1 'heureux succes que j 'ai deja eprouve dans mes premiers essais, particuliere- ment cette derniere annee ne me permet pas de douter qu'on peut venir a bout de retablir tout cet ancien systeme, qui a mon sens n'est autre chose que le systeme universel de cette ancienne et divine magie, dont le debris a ete comme la veritable cause de 1'universel et triste naufrage, que la Religion et les sciences firent alors chez toutes les nations.
Afin de reussir dans l'execution d'un projet si utile a l'une et aux autres, il faudroit avoir comme vous une connoissance parfaite des principaux monumens de l'antiquite, jointe a cette penetration et droiture d'esprit que le ciel vous a donnee; et qui dans les recherches continuel- les que vous faites avec tant de bonheur pour la perfection des arts et des sciences, semble vous conduire sur les memes vestiges, qu'ont suivi ces grands hommes de la plus haute antiquite, qui ont merite d'etre les maitres de tous les autres.

Mais au defaut de cela, ce sera toujours un tres grand avantage pour moi, si vous voulez bien continuer a me faire part de vos belles decou- vertes, sur tout de celles que vous jugerez devoir etre d'un plus grand secours, pour m'aider a dechifrer les misteres de la science jerogly- phique de la Chine. Si vous avez re?u ma derniere lettre, elle vous aura apris l'etat que je fais de ce que vous m'avez touche de votre nouveau Calcul numerique, amp; cause du raport singulier qu'il me paroit avoir au systeme ancien des petites lignes de Fo-hii', dont j'ai parie dans une Lettre que je crois qu'on vous a envoyee. Quand vous aurez re?u celle- ci, faites moi la grace de me mander sincerement ce que vous jugez des idees particulieres qui me sont venues sur ce systeme, et sur les caracteres et livres d'anciens de la Chine: et si vous trouvez quelque fonde- ment raisonnable к ces choses, ou je crois avoir des veritables evidences, et que j'espere avec l'aide de Dieu rendre quelque jour sensibles, obligez moi d'indiquer au Рёге Verjus les livres que vous jugez les plus propres a me favoriser dans ces sortes de recherches. Et n'oubliez pas, s'il vous plait, entre autres certain traite de Kepler sur une Lettre du Pere Terentius, dont vous m'avez parle, et que je n'ai encore pu avoir.
Si j'avois ici a ma disposition et к mon choix seulement quatre ou cinq de nos Missionaires, qui voulussent entrer dans les memes idees, et travailler de conceit avec moi, je serois d'avis de commencer de faire de nouveaux commentaires sur tous les livres canoniques des Chinois, et sur la ргегшёге partie de leur histoire, et de faire un nouveau dictio- naire par l'analise de chaque charactere. Ces ouvrages etant acheves de la татёге que je congois qu'ils peuvent Fetre en peu d'am^es, fourniroient к mon sens tout ce qui est пёсе88а1ге pour nous donner une juste idёe de la loi naturelle, et de 1'ёсопоппе de la Religion des premiers Patriarches, lorsqu'elle 6toit la plus florissante; pour retablir le 8у81ёте ancien et universel des sciences, et parvenir tout d'un coup к ce degre de perfection, ой toutes nos Acadёmies de Savans, ont entrepris par une voye bien plus longue et plus laborieuse de les pousser.
Si vous jugez avec moi, Monsieur, que les livres Chinois puissent foumir aux Savans d'Europe de quoi seconder le grand dessein de la Perfection des Sciences, auquel vous avez eu jusqu'ici tant de part, in- spirez au Рёге Verjus et au Pere de la Chaize, qui en feront une estime tres particuliere, et у auront toute sorte d^gards, les реп8ёе8 qui vous viendront к ce sujet, et conseillez-leur, si vous le trouvez bon, d'apliquer environ une demi douzaine des plus habiles de nos Missionaires, qui formant une е8рёсе de petite Acadёmie Chinoise travaillent de conceit d'un сб1ё a fournir ici a leurs confreres, les moyens les plus solides et les plus efficaces pour у dilater et affermir le Christianisme; et d'un autre pour donner aux Savans d'Europe toutes les connoissances, qu'ils peuvent souhaiter de la Chine pour 1'ехёсийоп de leur projet. Je ne puis mieux vous marquer que par la, Monsieur, l'envie sinlt;amp;ie que j'ai de corresponds, et au grand гё1е que vous avez pour l^tablissement de la foi dans cet Empire, et к la juste inclination que vous avez montre pour toutes ces sortes de connoissances. Ainsi vous devez regarder cette Lettre comme un effet de la dёfёгence et du respect profond avec lequel je suis, Monsieur,
Vortre tres humble et trh obёissant serviteur
J. Bouvet J.
А Peking ce 8 Novem., 1702
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Источник: Лейбниц Г. В.. Письма и эссе о китайской философии и двоичной системе исчисления. — М.,2005. — 404 с.. 2005

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